Reiki et protection

Frans Stiene Articles, Francais Leave a Comment

Dans bien des cours de Reiki ou de techniques de soins énergétiques, il y a beaucoup de débat autour de la protection de soi. 

Les praticiens et les formateurs éprouvent parfois le besoin de se protéger eux-mêmes d’une énergie « négative » venant de leur client. Cela a-t-il le moindre sens ?  

Intéressons-nous d’abord au concept de « protection »

La PEUR

La première question à nous poser est « pourquoi nous éprouvons le besoin de nous protéger lors d’un soin par imposition des mains ou lorsque nous pratiquons un reiju / initiation / harmonisation ? »

La vraie réponse est que nous avons peur. Peur de capter quelque chose d’indésirable venant du client.  Nous avons ce genre de peur en nous car nous ne sommes pas stable, nous ne pouvons pas voir l’entièreté du tableau mais uniquement des morceaux : nous ne sommes pas ancrés, centrés, nous ne réalisons pas notre vérité. Cette peur nous rend instable, ce qui signifie aussi que si nous essayons de nous protéger, par exemple en visualisant une lumière brillante autour de nous , alors cette visualisation est basée sur la peur, qui à son tour rend toute la visualisation instable. Nous pourrions appeler ce genre de visualisation « une protection extérieure » puisque nous la voyons comme extérieure à nous-même.

Quelques occidentaux, lorsqu’ils se rendent en Inde ou au Népal en reviennent chargés de cordons autour de leur cou et de leurs bras. Si je leur demande de quoi il s’agit, ils me répondent que ce sont des protections et moi je demande « Mais êtes-vous un praticien ? » « Oh oui ! » « Alors, pourquoi n’utilisez-vous pas la pratique pour vous protéger vous-même, vous n’êtes ni une chèvre, ni un chien, ni un yak ». 

Namkhai Norbu

Le « JE » (« MOi »)

Mais qu’est-ce que la peur ? 

(Fear en anglais = False Evidence Appearing Real = une fausse évidence apparaissant vraie)

Nous éprouvons de la peur parce que nous nous accrochons au « JE ». « JE vais attraper ton énergie négative ». « JE ne me sens pas bien après avoir accompli une séance de soins par imposition des mains », « J’attrape tes problèmes physiques », etc… Tous ces états d’âme ont leur origine dans une forte accroche au JE. Mais qui est ce « JE » ? Normalement nous n’avons affaire qu’au « JE » relatif, mais lorsque nous approfondissons notre pratique personnelle, nous découvrons notre ultime relation au « JE ». 

Mais minute ! et si on échangeait les rôles ?

Si nous devons nous protéger contre l’énergie « négative » du client, alors qu’en est-il de notre client ? Le client a-t-il également besoin de se protéger lorsqu’il est allongé sur la table ? Le client ne prendrait-il pas aussi l’énergie « négative » du pratiquant ? Parce que si nous avons la crainte d’attraper quelque chose de notre client, alors cela peut aussi être l’inverse ! Étrangement, cela ne semble pas entrer dans l’esprit du pratiquant ou du professeur… Pourquoi ? Parce que nous ne ressentons que le besoin de nous protéger, c’est une affaire d’EGO, tout est dans le «JE ».
Certains enseignants disent : « Lavez-vous les mains après une séance de guérison pratique parce que vous avez touché le client ou travaillé dans le champ d’énergie du client et que vous avez maintenant pris une partie de l’énergie « négative » du client. Cela implique également que le client doit se laver après un traitement, car le client vous a également touché !
En réponse à cela, vous pourriez penser : « Non, mon client était là, c’est moi qui ai mis la main sur le client. Cela vient encore une fois de l’ego, le “JE”. Essayez ! Mettez vos mains sur quelqu’un, d’accord, on dirait que vous touchez la personne parce que nous associons le toucher à nos mains, mais l’autre personne touche vos mains à travers le corps ! Vrai ou pas vrai ? 

Touche un arbre, et réalise maintenant que l’arbre te touche aussi, touche un animal et réalise maintenant que l’animal te touche aussi – ce n’est jamais une voie à sens unique. Nous pouvons toucher avec tout notre être, nos yeux, nos mains, notre peau, notre énergie et ne pas oublier le plus important, notre esprit.
Toute l’idée de protection vient de notre attachement au “JE” – quand le pratiquant se considère comme le faiseur et ne peut donc ramasser que des choses, pas l’inverse. Votre client participe autant à l’ensemble du processus que vous-même.
Parce que nous nous attachons tellement au « JE », nous devons travailler avec les autres pratiques enseignées dans le système de Reiki avant de pouvoir faire une session de guérison pratique. Ces autres pratiques nous aident à affaiblir le « JE » qui à son tour diminuera notre peur. 

L’une de ces pratiques ce sont les préceptes.

Les préceptes sont :

Ne sois pas en colère
Ne t’inquiète pas
Sois humble et reconnaissant

    Fais de ton mieux
Montre de la compassion envers toi et les autres

Nous n’avons qu’à regarder le précepte : ne t’inquiète pas, pour avoir une idée claire de l’endroit où cela se passe. Nous ressentons le besoin de nous protéger parce que nous nous inquiétons de ramasser quelque chose, d’être contaminés par les émanations de nos clients. Mais le précepte dit : ne t’inquiète pas !
Donc, si nous ressentons encore le besoin d’utiliser une forme extérieure de protection, cela signifie également que nous n’intégrons pas vraiment les préceptes. 

C’est pourquoi nous avons d’abord besoin de comprendre les préceptes, sans quoi notre pratique de guérison pratique sera instable.

Et qu’en est-il de la compassion ? Que faire si lors d’une session de soins sur votre client, celui-ci vous demande : « S’il vous plait, puis-je vous déposer tous mes problèmes, je n’en peux plus d’eux… ? » Qu’allez-vous répondre ? Si nous sommes vraiment dans la compassion, nous allons dire : « oui, bien entendu, laissez-moi vous en soulager, pas de problème ! ». Prendre sur soi les souffrances d’un autre, c’est de la vraie compassion. S’emparer de la peine et de la douleur de quelqu’un d’autre est une merveilleuse façon d’aider à lâcher nos propres peurs et attachements et aussi d’éveiller la pure compassion en nous-même. Dès lors en nous chargeant de la souffrance d’un autre, nous mettons aussi en œuvre d’autres préceptes, comme (le refus) de l’inquiétude et de la colère. Donc cette pratique/cette intention est un grand antidote contre notre propre peine et notre propre douleur. Avec le besoin de nous protéger, nous ne faisons que renforcer nos propres peurs et nos propres inquiétudes et nous nous excluons donc nous-même de la vraie compassion.

Parfois nous avons peur de faire cela car cela révèle nos propres peurs, nos colères, ce que nous appelons nos inquiétudes. 

Une mère aura cette attitude envers son enfant et n’hésitera jamais à prendre sur elle la douleur de celui-ci, mais lorsque cela vient d’étrangers, cela nous inquiète. 

L’ancrage

Un autre problème est que nous avons peur parce que nous ne sommes pas correctement ancrés dans notre corps physique. Pensez aux « culbutos », les culbutos culbutent mais ne se tombent pas.

Pourquoi les culbutos ne tombent-ils pas ? Parce qu’il ont la base lourde. La plupart d’entre nous, dans notre société moderne, nous portons notre poids dans la tête : trop de TV, d’ordinateur, de téléphone mobile, d’intellectualisation, de réflexion sur où placer les mains et que faire d’autre durant un traitement… Tout ça, c’est dans la tête. Et cela nous rend instable. 

Nous devons nous souvenir de notre centre, de notre fondement et cela peut être fait grâce à la pratique traditionnelle japonaise Joshin Kokyu Ho. Cette pratique a pour but de vider notre esprit de toutes nos craintes ou inquiétudes en nous focalisant sur la respiration et sur le hara/tanden. 

Plus nous pratiquons ce genre de méditation, plus nous nous ancrons, comme un culbuto. Nous pouvons éprouver quelque chose durant un soin, mais nous n’en concevons pas de crainte ou d’inquiétude, nous ne basculons pas, nous revenons immédiatement à notre centre. Si notre focus est dirigé vers l’intérieur, vers notre centre / hara / tanden, nous pouvons appeler cette forme de protection une « protection intérieure ».

Les mantras

Dans le système Reiki, nous avons aussi les mantras. Mantra signifie « protection de l’esprit ».

Lorsque nous récitons un mantra, notre esprit est focalisé sur juste une chose, le mantra, c’est pourquoi le mantra protège l’esprit d’un passage en mode peur ou inquiétude.

Ce type de protection est aussi appelé une « protection intérieure », comme en travaillant avec Joshin Kokyu Ho. Le mantra est intériorisé et travaille avec notre esprit et les énergies subtiles pour créer l’harmonie et l’équilibre, ce qui à son tour repousse nos peurs et nos angoisses. Ces mantras sont étudiés au niveau II Okuden. Okuden signifie « les enseignements intérieurs ou cachés », ce qui signifie que nous devons utiliser les outils, symboles et mantras, appris à ce niveau, de façon intérieure et non extérieure. Plus nous intériorisons ces outils , plus nous lâchons le « JE », ce qui adoucit nos peurs et nos craintes. 

Nous sommes solidement protégés de l’intérieur. C’est notre esprit. Nous sommes protégés de l’intérieur, toujours, sans cesse, donc nous n’attendons aucune aide de l’extérieur. Shunryu Suzuki

Négatif et positif

Nous ressentons donc le besoin de nous protéger parce que nous craignons pouvoir attraper de l’énergie « négative » de notre client. Mais qu’est-ce l’énergie « négative » ? 

Ce que certains peuvent trouver négatif, d’autres peuvent le trouver positif. Par exemple, au cours d’un soin sur une personne et voir apparaître quantité de matière noire, vous pourriez en être effrayé et qualifier cela de négatif, alors que quelqu’un d’autre voyant la même matière noire pourrait la trouver positive car elle lui rappelle un beau ciel nocturne… La même expérience, qualifiée différemment !

Vous pourriez donner un soin à quelqu’un qui a un rhume et être inquiet de pouvoir l’attraper, parce que vous considérez le rhume comme négatif. Quelqu’un d’autre peut donner un soin à la même personne, mais ne pas considérer le rhume comme négatif, mais juste comme un rhume. Le second praticien est en bien meilleure condition. L’inquiétude instille le déséquilibre dans notre propre esprit. C’est pourquoi nous avons besoin de faire le vide dans notre esprit avant de devenir des bons praticiens et enseignants. Si notre esprit n’est pas stable, notre corps et notre énergie seront aussi instables, et cela signifie que nous sommes plus vulnérables, plus susceptibles d’attraper du « négatif ».

L’interconnexion

Lorsque nous entrons plus profondément dans le système du Reiki, nous commençons à réaliser que nous sommes tous interconnectés. A un niveau relatif nous sommes tous séparés, mais à un niveau ultime nous sommes tous reliés.  Lorsque nous réalisons cette interconnexion, nous commençons à prendre conscience des aspects de notre vrai moi. Cela veut dire qu’à ce niveau plus profond, on ne donne ni ne prend rien, rien qui rentre, rien qui sort, pas de séparation entre le praticien et son client, il y a juste de l’interconnexion, et c’est tout. Cet état d’esprit est la « protection ultime ». 

Cela signifie que, au cœur de notre pratique personnelle, nous devons évoluer de la « protection extérieure » à la « protection extérieure » et enfin à la « protection ultime ».

Cet état d’esprit est aussi symbolisé par le 3e symbole HSZSN qui signifie « mon esprit est à sa juste place » et le symbole du SHINPIDEN, 3e niveau Reiki, DKM qui affirme la non dualité. 

Lorsque nous cherchons la source de tous les problèmes qu’affronte la vie humaine, nous critiquons tout sauf la cause à la source : notre manque de discipline spirituelle et de réalisation. Particulièrement en ces temps dégénérés, l’atmosphère du monde est tellement négative et les conditions qui nous entourent sont tellement propices à un karma misérable ou mauvais et à des distractions insensées que ne pas avoir la protection de la connaissance spirituelle nous laisse totalement sans défense contre un esprit négatif. Dalai Lama

La boite

Voici une histoire que je raconte souvent lors de mes cours, à l’aide d’une boite en carton que je place devant moi.

Lorsque nous sentons le besoin de nous protéger nous-même, nous créons un mur entre nous et notre client, nous séparant donc de l’interconnexion avec notre client et avec l’univers. Imaginons que nous installons une boite en carton qui symbolise notre mur de protection. Or dès qu’il y a un mur, je peux taper dedans, je peux l’abimer, il est vulnérable. A ce moment du cours, je shoote dans la caisse en carton, elle vole de ci-delà et partout, elle est blessée, elle est inquiète, après il nous faut restaurer et réparer la boite – ce qui symbolise la réparation de notre propre énergie et de notre esprit, peut-être en nous lavant les mains, en nettoyant notre propre énergie de la « négativité » de notre client après une séance de soin.

Mais que se passe-t-il si j’ouvre complètement la boite en carton, si j’ouvre ses côtés, si je le fais toute plate, puis-je encore taper dedans ?  Non ! Il n’y a plus rien à frapper ! 

Cette ouverture, si elle vient du bon endroit évidemment – notre centre, est la meilleure protection, il n’y a rien à frapper, rien à abimer, rien à blesser. Cet état d’esprit ouvert est l’état d’esprit de « mushin » : pas d’esprit, la forme ultime de protection. Cet état d’esprit est comme l’espace, on ne peut blesser l’espace, nous pouvons exploser des murs, mais. Nous ne pouvons pas exploser l’espace. 

Cet état de « spatialité » est symbolisé par DKM, le symbole et mantra du SHINPIDEN, 3e niveau Reiki,  mais nous devons l’incarner pour bénéficier vraiment, pas seulement le connaître intellectuellement.

Cet état d’esprit était recherché par les Samurai du Japon ancien. 

L’aspect spirituel du courage (de la valeur) est mis en évidence par la calme présence de l’esprit. La tranquillité c’est le courage au repos… Un vrai brave est toujours serein, il n’est jamais pris par surprise ; rien ne trouble l’équanimité de son esprit. Au plus fort du combat, il reste détendu ; au plus bas de la catastrophe, il garde son esprit à la hauteur. 

Nitobe Inazo – Bushido : The soul of the Samurai.

Trad. B. Urbain

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